Serge Casoetto : écrivain, lecteur, auteur conseil

Récits


roman

 

 

PRIX DE LITTERATURE "YOLANDE BARBIER" 2013

ET JOURNEE DE CES'ARTS ANNULES ( voir en accueil )

 

                                                                 *

GRAND PRIX DE LITTERATURE " Yolande Barbier " 2012

Odile Chollet

        " La trop longue nuit de Firmin "   

*


recit

 

Une dernière fois, firmin a vérifié que tout était en ordre.

Pilote automatique cap à l'Est, vers le large. Distance à la côte, vingt milles, suffisante. La dérive assurée par les risées légères, le voilier ne sera pas repéré avant plusieurs jours. Le vieil homme a achevé ses adieux au nid des moments heureux, aux souvenirs de vacances insouciantes, aux émerveillements familiaux, aux rires d'Eliette.

Il a enlevé son tee-shirt, l'a plié soigneusement sur le siège de pilotage, au-dessus du portefeuille qui contient ses papiers d'identité et ceux du bateau. Il n'a pas laissé de lettre d'explication, puisqu'il n'y a plus de destinataires.

Enfin, il a enlevé son maillot de bain, s'est dirigé à la poupe. Ultime contrôle, l'échelle est relevée, pliée dans son logement: impossible de revenir en arrière.

Alors il a plongé du plat-bord, offrant sa nudité chenue à la masse des flots assombris par le crépuscule. La température de l'eau ne l'a pas choqué: en cette fin septembre, le contraste entre les deux éléments est minime. Des vaguelettes cassantes dansent autour de son visage, l'aspergent régulièrement de gouttes qui piquent les yeux, envahissent ses narines. Il pense tout de suite que ce sera vite fait. Ces petits coups de boutoir le fatigueront plus rapidement que prévu. Il avait brièvement calculé que le bon nageur qu'il avait été tiendrait peut-être deux heures, puis que l'hypothermie et la fatigue auraient raison de ses efforts instinctifs... Deux petite heures tout au plus, bref sursis pour convoquer ses fantômes, invoquer leur présence au cours des quatre-vingt-onze années d'une trop longue vie.

 

Les minuscules crêtes d'écume jouent autour de sa tête un ballet désordonné. Mais les brûlures oculaires s'atténuent déjà. Il s'est éloigné de la coque en quelques mouvements crawlés, par automatisme. Il suit le plan établi: attendre que son coeur accepte enfin de jeter l'éponge, que ses muscles se tétanisent, que le froid l'engourdisse et plombe son corps. Alors il glissera en dessous, il pénétrera sans lutter dans les profondeurs de l'onde pour s'y diluer.

Son médecin, qu'il consulte rarement, le félicite toujours pour sa santé coriace. Il semble bâti pour résister à tous les fléaux. Sa force est devenue son ennemie.

Que ne l'aurait-il donné, cette vigueur insolente, pour lutter contre la maladie sournoise qui a abattu sa femme, le laissant seul sur les rivages de la détresse.

 

Firmin nage sans application ni constance. Il nage en attendant de sombrer, comme un voilier démâté. Il lui semble entendre la voix d'Eliette qui savait si bien le comprendre. Dans l'apaisement  qui succède aux crises que traversent les couples, elle concluait sereinement:

- Nous formons une bonne équipe tous les deux. Toi, tu es fort et droit comme ce mât et moi, je suis à la fois souple et capable de tension, comme la voile...

 

La nuit est tombée maintenant. La silhouette de la coque blanche s'est estompée, bientôt il ne distingue plus sa tâche claire sur l'horizon. L'air et l'eau se confondent parfaitement au-delà d'un périmètre très proche. La Méditerranée s'est densifiée en perdant ses reflets bleutés. Elle a acquis cette apparence compacte qu'il a si souvent admirée, lors des navigations nocturnes au gré de leurs programmes estivaux. Cette respiration mouvante autour du bateau les fascinait à l'infini. Mariage exaltant de la mer et de la nuit, autant d'aventures chaque fois différentes.

Tant de moments importants ont été fêtés à bord. Tout ce qu'en homme d'action, il a construit comme son temple inexpugnable. Tout ce que l'acide du temps a rongé. Bilan définitif d'une existence dont l'avenir est clos. Firmin n'a pas besoin de courage pour en finir. Il lui en coûte davantage d'affronter la perspective d'une dixième décennie, lésée de partage et d'amour. Certes, il supporterait avec fatalisme les misères de l'âge, pansées par la tendresse et le soutien des siens. Mais il les a perdus, et sa bravoure s'est évanouie dans la béance de leur disparition.

Simon, le premier. Leur fils de trente-deux ans, sportif accompli, victime de sa passion pour la géographie sous-marine.

Firmin lui avait donné l'ivresse du large.

 

A l'évocation de son enfant, il lui semble que certaines étoiles scintillent à son adresse. " Vieux fou, Simon n'est pas là-haut".

D'un coup de rein, il retourne son corps décharné face contre l'onde. Le vieillard s'étonne de ne pas ressentir le froid. Au contraire, en cet instant, la mer fébrile frissonne autour de lui comme pour mieux l'envelopper de son rayonnement. Il ne bouge presque plus, fêtu d'os et de chair livré aux forces bienveillantes qui le soutiennent.

Sous lui, un monde encore inconnu vibre, cette certitude le réconforte. Bientôt, il appartiendra à l'univers marin, chaque particule de son être intégrera l'alchimie liquide, il participera pour l'éternité à cet ordre originel, en compagnie de tous ceux que les profondeurs ont ravis. Firmin aime à penser que les courants de l'Océan mêlent toutes les eaux et toutes les larmes.

 

Eliette avait trouvé cette consolation. Leur enfant avait réalisé un rêve, tout compte fait... Bien avant leur rencontre, sa femme avait renoncé à l'espoir du paradis sous les coups répétés de deuils injustes. Ensemble, ils avaient construit une réalité pragmatique et matérielle, jouissant profondément de chaque étape. Mais, au mitan de son chagrin, son esprit avait opéré un revirement inattendu. Elle s'était accrochée à la représentation d'un Eden subaquatique, berceau amniotique fusionnant nos consciences.

Firmin flotte toujours. La fatique tarde à se manifester. Il cherche une nouvelle position. Tête et dos portés par les flots, ses jambes détendues mollement pliées, quelques centimètres sous le drap clair de la houle. Sans en avoir conscience, il a fermé les yeux au spectacle des étoiles qui le surveillent et l'attendent, dans l'obscurité. Des bribes d'éveil le traversent, il sait qu'il est en train de vivre sa dernière nuit, tout lui semble si simple, si définitif qu'il n'y a place pour rien d'autre que cet alanguissement lucide et déterminé.

Quelques algues arrachées ondulent à sa rencontre. le frôlement des tiges dérivantes réveille la sensation brûlante de sa peau saturée de sel. Il est immergé depuis très longtemps et s'étonne de se sentir encore si réactif aux stimulations de ses sens.

 

Longitude 42°21'2 Nord, latitude 8°24'02 Est. Les coordonnées du point où il a emmené Eliette une dernière fois. Une journée de navigation à l'ouest de la Corse, au carrefour de leurs multiples passages vers le large. C'était en mars, ils étaient seuls à bord. Aucune embarcation en vue, rien que l'azur limpide du ciel printanier et le bleu profond d'une mer régénérée par les tempêtes d'hiver. Vers quinze heures, comme le soleil vrillait encore mille pointes lumineuses sur les vagues moutonnantes, il avait ouvert l'urne et offert au vent fraîchissant le nuage poudroyant des cendres. Pas un goéland, pas une mouette pour troubler les retrouvailles d'Eliette avec son paradis personnel. Après un long moment, quand la lumière avait perdu son emprise, il avait cru entrevoir la caudale furtive d'un dauphin.

Il avait appareillé vers le port, rendu à une solitude sans appel.

 

Une nouvelle caresse venue d'en dessous ravive sa conscience. Quelque chose s'attarde sous lui, comme une palpation précautionneuse. Eliette est venue aussi, elle est au rendez-vous, enfin! Quelle béatitude... Il sombre avec elle vers le grand Oubli, vers l'abîme promis. Le vieil homme quitte enfin la vie aérienne, il s'immerge dans les mânes de sa compagne.

 

La nuit achève sa ronde, le firmament perd sa profondeur, la lune s'éclipse.

 A l'aube, la houle se repose; à l'aube, la mer s'affale sur elle-même.

Selim et Raphael profitent de cet instant singulier pour relever leurs filets et leurs lignes de fond. Les deux pêcheurs aiment franchir au large la frontière subtile entre le jour et la nuit. Au rythme puissant du moteur diésel, ils apprécient la glisse solitaire du pointu déchirant la grisaille indéfinie qui précède les premières lueurs de l'aurore.

Selim grille toujours une cigarette, chevauchant à l'avant le rebord de bois de la barque...Il rêve, il fume, il jouit de ce moment de repos avant d'aborder la première bouée qui signale les palangres. La percée du jour gagne lentement la voûte céleste en restituant aux flots sa palette irisée. Dans le clair obscur qui s'étale paresseusement devant ses yeux, un objet blanc flotte, presque entre deux eaux.

Brusquement Selim se redresse, tend son regard pour percer l'étendue marine. Il lève la main pour signaler à Raphaël la nécessité de ralentir, indique du bras la direction à prendre. Le bateau réduit son allure et manoeuvre souplement... Ce n'est pas le corps d'un dauphin qui luit de sa chair grise, plus il s'approche, moins ça ressemble à un animal... Encore deux encablures et cette fois, Selim jure un grand coup :

- Bon Dieu d'bon Dieu ! C'est un homme!

 

Le corps de Firmin a été déposé à même le bois rugueux du fond de la barque, enveloppé d'une couverture de survie mordorée.

Selim a cru dix fois qu'il le tenait, qu'il allait réussir à hisser ce poids inerte. Il a pesté contre sa nudité qui le privait de prises à crocher. Très vite les deux hommes ont compris : pas moyen d'échapper, il faut sauter à l'eau. Et ça aucun d'eux n'apprécie. La Berlette n'est pas prévue pour la baignade, mais pour tous les marins, il n'y a qu'une loi...

Par la radio, Raphaël a appelé les secours. Les sauveteurs de la SNSM seront là dans moins d'une heure. En attendant impossible de relever les lignes; il y a cet inconnu qu'il faut ranimer. Le pêcheur a sorti le thermos de café préparé avant d'embarquer. Il a sucré abondamment le gobelet de boisson encore chaude. Maladroitement, Selim a soulevé la tête du vieillard pour verser entre ses lèvres quelques gouttes du breuvage. L'homme garde les yeux clos, mais il respire, son visage ne témoigne d'aucune souffrance...

Les deux pêcheurs échangent quelques regards, ne sachant pas trop que penser de leur pêche miraculeuse. Leur exploit suscite en eux une exaltation embarrassée : ce corps âgé, l'absence de vêtements, ce noyé qui n'a pas d'eau dans les poumons, autant de mystères qui les désarçonnent.

- Une chose est sûre, la mer a pas voulu de lui...

- Pour sûr, c'était pas son heure...

 Leurs voix graves tombent dans l'oreille de Firmin, elles s'infiltrent dans le conduit auriculaire, cheminent à travers le tympan vers sa conscience engourdie.

Mots étranges qui scellent le songe de Firmin.

A l'évidence, la mer l'a rejeté.

La traversée de cette trop longue nuit ne l'a pas mené au repos qu'il s'était choisi.

 Une vague de désespoir l'inonde. Les yeux obstinément fermés, il s'abandonne au balancement monotone du roulis matinal. Du fond de l'onde, il sent la vibration maternante berçant la barque. Et tout à coup, il sait.

Révélation brutale et paisible simultanément: il a retrouvé Eliette et Simon au cours de cette étrange expérience. Il est tiré hors de son chagrin par leur présence indéfectible à ses côtés. Une joie profonde et douce coule en lui, il n'est plus seul, il n'a plus peur des temps à venir. Ses yeux clos ont gardé l'obscurité d'une quête insensée, un frémissement parcourt son être. Le rayonnement oblique du soleil levant atteint son visage. Un jour nouveau le réchauffe.

Firmin ouvre les yeux.

 

plume

 

BROCELIANDE

 

broceliande

La fée Viviane illuminant son jardin de lys et de roses dans la forêt de Brocéliande... On raconte  même que quelquefois un petit magicien venait y choisir un bouquet...

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On lui avait dit que les sirènes des bois s'appelaient des nymphes, celles des forêts des dryades, celles des ruisseaux des ondines. Il n'aurait jamais pensé que l'une d'entre elles existait vraiment et qu'un jour elle viendrait s'asseoir sur la racine d'un chêne, baignant presque ses pieds dans un ruisseau au lit d'argent et qu'elle allait ouvrir la voie à un autre chemin de vie où seuls les magiciens et les sirènes pourraient se rencontrer, rire, chanter et cueillir l'authenticité de leur Amour.

 

nymphe

 

Je commence là le livre de notre histoire. Celle que rien ne peut atteindre, celle qui, commencée en nuitées "multifruitées" sur la lisière des parfums d'une île magique, on croyait tous deux par personne ne jamais pouvoir être dénaturée.

Nous étions purs et invincibles...Toi, petite sirène des bois et moi, petit magicien, tous deux seulement lovés et unis d'un fil invisible, tissé par les étoiles de nos yeux sans avoir le droit de nous toucher, te souviens-tu? Nous étions assis sur les racines du tronc d'un chêne séculaire...Nous étions sages même si en gourmandise...

C'est notre histoire, et ça, personne  ne pourra jamais nous l'enlever. Une histoire unique, gorgée de rythmes d'émois, de danse des mots et de musique-sensualités où la confiance et la poésie de notre passion venaient se fondre et se confondre et où la fusion nous était conquise puis acquise en nos corps brûlants autant qu'en notre coeur-âme pureté.

J'en écris aujourd'hui la première page avant de la tourner d'un glissement de doigts et de déposer un sourire-baiser sur l'image que je veux garder encore de toi...celle d'une petite cerise resplendissant de bonheur sous le bleuté neigeux du Mont-Blanc.

J'écrirai chaque jour ce roman, le nôtre, qu'il ne tiendra qu'à toi de poursuivre ou d'arrêter...encore faut-il que de la "cerise" puisse en mûrir une quintessence que tu saches, en plus de mon humour, enfin discerner.

Alors voilà l'histoire de David et Sandrine...

...C'était une nuit de printemps. Une nuit douce où même les oiseaux nocturnes encapuchonnaient leur cou sous une nuée d'étoiles pour mieux se captiver d'un sommeil profond.

Dans la matinée, au large d'une île, David avait croisé de son regard de braise une jeune naïade qui se diluait de sa nage fluide dans l'eau turquoise d'une petite baie. Il avait alors approché la proue de son voilier à portée de cils de celle qu'il allait troubler. En ce jour, ils ne se dirent pourtant aucun mot. Rien ne fut prononcé. Juste une esquisse de sourire sur le clapotis des vagues qui suffit à les rendre assez habiles pour savoir plus tard se retrouver. Et pourtant, pouvaient-ils seulement se douter que de cette troublante rencontre allaient se féconder plus tard de mirifiques étoiles?

Ce fut donc une nuit qui allait les rapprocher. Une nuit de mois de mars. Rendez-vous avait été pris sans même se parler. Des chiffres écrits, sans doute mystérieusement par des elfes sur l'écran de leurs pensées...Ceux-ci allaient les lier en coups de fil téléphoniques et les plonger en multiples escales dans une fusion de sensualités que même les ondines royales et les poissons volants n'auraient jamais pu imaginer.

Une première nuit. Une nuit qui allait être suivie de trente autres avant qu'ils ne puissent davantage se goûter. Plus que magies ou féerie de contes de Shéhérazade ce furent trente nuits mirifiques en cortèges de voluptés. Tous deux irrésistiblement aimantés par des bouquets de parfums distillés par le pistil de roses enguirlandées de petites perles mouillées sous la musique suave de la poésie érotique de David...

Comment croire que cette histoire n'était pas une légende contée tellement tous deux étaient illuminés de tant de magiques sensualités?

Pourtant d'une manière tout à fait impromptue, le premier souci de Sandrine, une fois un premier cortège de prémices magiques passées fut de confier à David:

"David...J'ai deux enfants. Je sais que jamais aucun homme ne voudra s'en encombrer. Je le sais..." répéta la jolie jeune femme à présent soudain en mère responsable métamorphosée.

David entendit ces mots chuchotés par la jeune femme d'un fatalisme éprouvé.

"Allait-il, lui aussi, déjà fuir?" se demanda Sandrine.

-Vous avez deux enfants? Comment s'appellent-ils? demanda simplement David.


... David est retourné s'asseoir au creux du vieux chêne. Il a longé le ruisseau champêtre comme Sandrine l'avait fait quelques mois auparavant. Les racines de l'arbre lui rappellent le berceau qu'elles formaient pour tous les deux.

...Ses deux enfants...Oh!Oui! il se rappelle! ses deux enfants qui couraient dans tous les sens, pleins de vie. Il se revoit jouant ensemble tous les trois, partageant leurs rires et leurs jeux. Il revoit leur visage. Astrid, attentive et appliquée, se mordant et tordant sa langue en dessinant sa maman...Adrien, assis à côté, hilare devant les "Simpson" collés sur l'écran de télé. Il revoit leur bonheur dans leur course vers lui lorsqu'il arrivait, et les étoiles qui brillaient dans leurs yeux lorsqu'ils sautaient dans ses bras et leurs cris de joie lorsqu'il les embrassait...

Il pense à nouveau à la petite sirène des bois la première fois qu'ils s'étaient trouvés...ici sous le murmure du ruisseau et le chant des premiers oiseaux du printemps qui tintinnabulait comme une naissance pour eux deux.

Il se souvient...Et alors, sans détours, tout à coup, son coeur pardonne. Et alors, sans détours, tout à coup, son coeur oublie. Et alors, sans détours, tout à coup, sa tête pardonne. Et alors, sans détours, tout à coup, sa tête oublie. Cette petite note discordante, si puérile en somme, eu égard à un Amour infini, s'éteint d'elle-même. Seul l'Amour reste. Irréductible, infini. Celui de David et Sandrine...et il dépose pour elle sur le bord du ruisseau son plus beau poème d'Amour...

" Notre magie est trop belle. Je ne veux pas être simplement la cinquième page de ton carnet à spirales. J'aimerai en être l'enluminure...comme toi tu es la sirène de ma mer bleutée.

Je ne veux pas être une simple vague, sans saveur marine, ni couleur turquoise. Je désire notre île secrète illuminée de poésie, de sensualité extrême, d'émoi souverain, de ce trouble où palpitent l'émotion de nos lèvres et l'arc-en-ciel de nos sens...où respire l'Unicité.

Je désire que le temps suspende son vol pour une harmonie fébrile dans la danse de nos mots et le toucher de nos doigts. Je désire dans nos pupilles cette petite lumière qui brille plus intensément que mille soleils et fait naître dans notre coeur l'Inaccessible Etoile.

Je désire cette explosion de paillettes argentées puis dorées dans le reflet de l'eau qui ondule sous une pluie d'étoiles et l'éclat tamisé de la lune sur nos corps enivrés.

Je désire de la foudre le coup et du coup la foudre!

Je désire te révéler le don du pinceau sur l'aquarelle de ta peau et la métamorphose de ta fleur secrète en ailes légères de papillon.

Je désire la source de ton intimité se fondre avec ton coeur.

Je désire que le grand livre d'images ouvre pour toi sa légende.

Je désire...T'AIMER !".

...L'écrivain replie la page et retourne sur les lignes où Sandrine avait fait part à David de sa hantise de ne jamais voir un homme l'aimer sans accepter ses petits. Il soupire, apaisé, puis il replonge sa plume dans l'encre bleutée d'un avenir sans faille pour colorer la suite de l'histoire des deux amants jamais oubliés.

" Adrien et Astrid " répondit inquiète la jeune maman.

David ferma doucement les yeux. Sans rien dire, il tenta de les imaginer...

La complicité naturelle des deux amants, cette intimité enchanteresse ne cessait de les sublimer. L'espace de quelques secondes pourtant, lorsqu'elle lui avait confié leur âge (sept et dix ans avait-elle dit), sous le rideau fermé de ses cils, il avait laisser voyager son esprit vers ces deux enfants dont il ne connaissait encore rien, sinon qu'ils ne pouvaient pour lui que partager une même île de sérénité, de jeux, de bonheur et de Sagesse, soeur siamoise de la leur. Une petite voix qu'il connaissait bien, lorsque son coeur alliait la quête, l'offrande et le partage, lui avait murmuré le fruit de ses ressentis. Mais la rivière de leur mots en symbiose pour eux avait poussé David à rejoindre Sandrine, restée seule le temps d'un vol de libellule sur la tige de la rose galbée qui les reliait. Les visages inconnus de ces enfants retournaient alors se fondre pour une nuit dans le ciel diaphane de ses pensées.

Etourdis de senteurs et de saveurs, ils chevauchèrent encore toute une nuit sur le même coursier blanc, parmi les arbres fruitiers de leur île, humant les parfums de fleurs de cerisiers à celles d'abricotiers tout en butinant le pistil de leurs envies.

...Mais il fallait bien que cela arrive. Ils avaient trop soif de se rencontrer, de se voir, de se sentir, de se toucher, d'humer ces sens qui étaient les leurs et qu'ils avaient si bien su captiver, si bien su fondre, si bien su mouler et sentir mouiller dans le nid de l'attente de leur intimité.

Il y avait toujours eu une passerelle dans leurs contes des " Mille et Trente et Une nuits". Une passerelle qui reliait le voilier de Sandrine à l " Ile Magique" de David. Chaque nuit il en tissait une pour elle, elle, dont il sentait le rythme biologique affriander ses envies comme les siennes sur les mêmes arpèges de la nudité de leur désir.

Rendez-vous fut enfin pris dans cette forêt de Brocéliande. Là aussi au coeur de chênes englandés, il y avait une passerelle qui balançait ses fils d'argents au-dessus d'un ruisseau doré.

En ce jour de printemps d'avril, le huit avril (tel un symbole, ce chiffre est en deux cercles noués), en ce jour d'avril donc où riait le soleil au-dessus d'ombrages verts, bercé par un vent léger, David était arrivé le premier. Ils savaient tous les deux où se retrouver... Sur un tapis de mousse au pied d'un chêne, près d'un ruisseau. Ils avaient convenu de la première couche qui se devait de garder la virginité auprès d'eaux cristallines au point de ne pas même devoir se toucher.

David, assis sur une racine en forme de bras de mer, contempla le chemin ondulant sous une voûte de verdure d'où devait apparaître celle pour qui son âme et son coeur battaient la chamade. Elle apparut enfin. Plus elle se rapprochait de lui, plus ils sentaient tous les deux dans leur poitrine ce même trouble assourdissant résonner de plus en plus fort en coups de cymbales de symphonie féerique qu'ils surent aussitôt ne plus jamais pouvoir oublier.

Telle une étoile qui illumine un ciel de nuit encore en attente d'être créé, Sandrine foulait maintenant de ses pas cet instant sublime de leur vraie rencontre, alchimie de leur premier émoi.

Ils étaient maintenant l'un tout près de l'autre. "Surtout, SURTOUT ne pas se toucher!". Tel était le pacte tacite dévoilé. Juste laisser cette magie indéfinissable poursuivre ce voyage sur l'arc-en-ciel de leur bonheur, sans que ses couleurs ne viennent encore glisser sur leur peau en une trop insoutenable tentation. Tout savourer...TOUT SAVOIR SAVOURER, sans se toucher, de ces petites billes de lumière qui fusaient telles des étoiles filantes de leurs pupilles jusqu'à ces brûlures d'escarbilles qui roulaient en torsades d'envies dans la volupté du volcan de leur ventre.

Parfois l'un d'entre eux, malgré trop séduit, effleurait un lit de peau et se retirait aussitôt.

"Oh! Je vous ai frôlé!" s'excusait-elle presque à son tour lorsque ses doigts telles des phalènes par l'odeur de sa peau était trop attirés.

Le ruisseau coulait à côté d'eux. Eux à côté de lui ruisselaient.

Sans se prendre la main (il ne le fallait pas), ils abandonnèrent leur nid douillet. Ils longèrent le cours d'eau, unis en un même diapason. Leur respiration était fébrile et ne pouvait cacher le délice de leur émoi. Elle était fée.Il était magicien. Brocéliande était leur pays. Merlin était leur roi.

Ils arrivèrent dans une petite clairière. Le soleil était au zénith et les illumina de sa joie.

Ils allèrent se coucher dans l'herbe. Ce fut pour eux un jardin d'Eden. Une après-midi d'enivrantes senteurs venues se fondre en bouquets de blandices sur l'autel de leur bonheur. Mais de leurs langues ils surent encore garder le mystère de leur saveur...

Lorsqu'ils repartirent de ce havre de jouissances, de bonheur et de paix, Sandrine suivit David d'un pas léger. Elle était dans un état de sublimité exquise et en même temps elle se sentit à côté de lui enfin sereine et rassurée.


                              (Extrait de "La Chanson du Ménestrel" . Waddine Tome II. T.T.P.M)

-Edition en tirage limité numéroté-

 

                                                                    

 

                                            ... Après avoir goûté à la Sagesse du Chêne,

                                   la petite elfe put aller se désaltérer au ruisseau bleuté

                                  et se nourrir des fruits de l'Arbre de Vie.

 

plume

 

LA MANTE RELIGIEUSE ET LA COCCINELLE

(Fable)


mante

 

Il était une fois une petite coccinelle recroquevillée sur son Herbe de Vie.

Elle avait déjà beaucoup souffert des aléas de celle-ci.

Un bourdon avait longtemps abusé de sa sensibilité et avait maltraité ses petites ailes orangées. Elle en était devenue encore plus fragile et ceci même sous le plus frêle des zéphyrs.

Un jour de plus forte tempête, elle crut bon aller se réfugier sous l'abdomen ventru d'une mante religieuse qui trônait de toute son opulence par deçà les plus abondantes prairies.

Possessive et hautaine du sommet de ses certitudes, cette dernière lui était apparue parée de buée d'or et d'autres richesses trop convenues. De plus que science infuse, elle se flattait de posséder même un domaine avec un Plan d'eau bien à elle où de sa magnificence elle se gorgeait d'attirer tous les insectes et en rendre sa panse encore plus repue.

La bête à bon Dieu trop vulnérable et trop naïve ne réalisa pas que libérée du bourdon elle ne pouvait discerner la mante religieuse qui se substituait à celui-ci.

N'ayant plus aucun repère...ni repaire, elle crut bon alors confier son "Herbe de Vie" au  vouloir de sa nouvelle égérie et en devint malgré elle soumise.

Mal lui en prit. Dressée sur ses pattes crochues et couvant de ses yeux globuleux l'imprudence de sa nouvelle amie, la prédatrice lui traçait déjà à sa convenance ce que nous, pauvres humains, appelons son "Chemin de Vie".

Malheur alors à tout papillon s'approchant trop près d'elle et voulant égayer ses ailes d'autres soleils et son petit coeur d'émoi rougi! La diablesse veillait en sentinelle et occupait l'esprit de la petite coccinelle qui s'était convaincue en être ..."vide".

Pourtant, l'un de ces papillons eut l'audace de tomber fou amoureux d'elle  mais il fut aussitôt par la mante prédatrice de jalousie poussé vers l'exil...

 Cependant, proposition indécente, avant de disparaître, il crut bon offrir la plus pure de ses richesses à la demoiselle coccinelle, celle de son coeur, de son écoute et de son empathie, mais coeur de papillon pour elle ne valut pas la peine. Rien n'y fit et elle en fit...fi.

- De toi je ne veux plus jamais rien voir transparaître, lui dit la petite bête.

-  Bien dit, renchérit la carnassière en s'adressant à la coccinelle à l'âme confuse. Ainsi, non trop loin de moi et de mon point de lumière  je pourrai à mon gré continuer de lui ou d'un autre à mieux te défaire.

Alors, au-delà de l'Horizon, les ailes parsemées de rosée sous un soleil illuminé de Sagesse, le papillon n'eut plus que source  de distiller  pour la petite coccinelle et pour les papillons de son "Herbe de vie" à venir, de la rose tout le pollen qu'il avait pour elle jusque là recueilli, afin qu'elle puisse, un jour peut-être, en en fleurant la fragrance, laisser la couleur de ses yeux iriser d'arc-en-ciel de Vérité son esprit embrumé avant que la voleuse de printemps ne la gobe cette fois-ci toute crue.

(Extrait du recueil de fables et de poésies: " La véritable Amitié est un Amour sans faille et sans égoïsme". Waddine Tome II.T.T.P.M).

-Edition en tirage limité numéroté-


plume

 

FABLE pour le 1er mai

*


LE CHEVAL, LA DAUPHINE, LE DAGUET ET LA FOURMI

 

fable

 

Un jour dominical, Dame dauphine en cuisinière parée invita le cheval tout guilleret à venir partager avec sa fourmi et son daguet un repas de moins frugal qui se devait d'étancher la plus grande de ses faims.

Les quatre convives bientôt conversaient et se délectaient des plus beaux effets culinaires que la maîtresse de maison avait mijotés.

Noël venait juste de passer et le Nouvel An sa première bougie était en train d'allumer...

Tandis que le jeune cerf faisait le pitre et que le cheval de cadeaux avait couvert la table, la petite fourmi de sa voix cristalline en plein dîner s'adressa ainsi à l'équidé:" Sais-tu combien notre cuisinière de toi en a plus qu'assez, et de te voir devant ses victuailles toujours attablé, et combien elle se languit hors de chez elle au plus vite devoir t'éloigner ? "

Sur le coup, le cheval ne mesura pas la portée de cette confidence hautement parlée et préféra la prendre au second degré.

Il comprit, mais un peu tard, de cette réflexion le juste fondement car même invité il ne faut jamais faire état de trop de bombance et de générosité et de donner trop d'écoute, de plaisir et de bonheur au risque de, sans le vouloir, l'autre...trop étouffer.

On peut être fier coursier sans être toujours le parangon des diplomates même si de l'apparence on a en plus empêtré la couleur de sa robe entre ses quatre pattes.

Foi de descendant de Bucéphale il se jura de retenir la leçon et espéra qu'un jour peut-être il soit à nouveau convié à un autre de ses gueuletons.

Ainsi, devant la dauphine, sur la nappe au brin de muguet ourlé de deux cerises, il saura désormais comment mieux se conduire au point de Bellérophon même en Pégase en être aussi la digne surprise. Ainsi aussi, pour l'Amour de sa vie chevaline, de Chimère C majuscule en chimère c minuscule faire la juste part entre l'antique créature divine et l'illusion d'une crédulité trop latine.

S'ils écoutent cette fable, ces quatre animaux s'en amuseraient certainement beaucoup car qui jamais ne passe à table ne peut se vanter de provoquer plus salutaire contre-coup.

Ils effeuilleraient alors en chanson tous les quatre du muguet à l'envi chaque pétale: Bonheur, Amour ou Amitié, la Sagesse de cette humble morale.

 

 

" D'un brin de muguet garde toujours le parfum..."

                        

( Extrait du recueil " Fables et poésies de Waddine". T.T.P.M )

 

plume

 

 

 fontaine

La "Maison" de Waddine et la "Fontaine de Vie"... 

...Corne d'abondance, fluide magique, richesses intérieures,

nectar et ambroisie de nos plus pures et folles envies.

 

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WADDINE ou LA PRATIQUE DU CONTE

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( Réflexion d'Odile Chollet, membre de l'atelier d'écriture de Christophe Forgeot "Les Chemins du Jour" Néoules).

 

"Toutes nos lectures sont autant de rencontres, portes ouvertes sur des univers différents et spécifiques. Le hasard dépose parfois de minuscules balises sur nos chemins, jalons convergents vers des horizons insoupçonnés, des trouvailles insolites ou évidentes, des liens tissés à notre insu. Quelquefois l'aventure reste sans lendemain, mais il arrive qu'elle creuse son nid, flâne dans notre inconscient et finisse par émerger un beau jour sous une forme inattendue, île au trésor posée sur l 'océan de nos imaginaires.

 Pour l'heure, que vous cherchiez un conte pour enfant ou une fantaisie pour égayer un soir d'hiver un brin morose, partez avec moi dans l'univers d'un prince des mots, d'un magicien intemporel, d'un souffleur d'enchantements...

 Waddine est à l'origine le nom d'un personnage imaginaire, mais à l'existence réelle, même si sa présence est restée occulte...Waddine était le compagnon secret d'un petit garçon à l'âme solitaire, il faut croire. Pour ma part, après avoir lu le conte écrit par Serge Casoetto, j'ai acquis une autre perception de cette transposition; il se pourrait que l'auteur ait un don de voir ce que nous autres, pauvres mortels, sommes incapables de reconnaître.

 En pénétrant dans l'univers de Waddine, le conte, nous arrivons d'abord à Lamina, un village de montagne reculé et intemporel où parvient un beau jour un personnage sans attache ni référence, dont beaucoup commencent à se méfier, comme il est de mise dans les campagnes.

 "En réalité, Waddine parle peu. Il arrive rarement qu'il prononce même un seul mot durant ces visites nocturnes. Le timbre de sa voix est comme celui des sirènes. Ils'évanouit au gré des vagues et du vent..." (page 19).

 Or, le bel inconnu se joue des défiances. Waddine semble posséder un atout inné, un pouvoir de séduction qui s'exerce naturellement sur les différents membres de cette communauté, où habitent comme partout des personnes fort dissemblables.

 Dans une langue colorée et parsemée d'images poétiques, Serge Casoetto présente peu à peu les habitants de Lamina. Car, si les villageois lui ouvrent leur coeur, nul ne parvient à connaître vraiment l'étranger qui s'est installé dans une misérable remise à l'écart du village.

 Cependant, un drame éclate et Gordjaev, chef d'une petite bande de gamins dépassés par leur propre jeu, se retrouve confronté à une terrible responsabilité. Un terrible enchainement de violence que l'auteur évoque en scènes saisissantes.

 "Dans la rue silencieuse, Gordjaev est resté seul. Il s'approche lentement du corps de Samuel, étendu contre le trottoir. La pierre l'a atteint en pleine tempe. Incrédules, les yeux bleus de l'enfant contemplent le ciel et la cime des verts peupliers. Gordjaev se sent profondément seul. Le petit Russe  s'écroule  en pleurs sur le cadavre de celui qu'il voulait châtier. Puis, relevant la tête en hoquetant, Gordjaev le fier aperçoit à travers ses yeux obstrués de larmes une silhouette descendre la petite rue. Il la reconnaît. La longue cape noire efface l'habit blanc de lumière. Waddine s'arrête aux pieds de Samuel, mais ses yeux ne regardent que Gordjaev. Et Gordjaev ne voit plus que Waddine. Alors, Gordjaev Yemkov se lève. Il parait implorer en une soumission la clémence du pèlerin." (Page 29)

 Ce paragraphe me paraît particulièrement explicite de l'intrusion du merveilleux dans une histoire humaine. Si le lecteur ne peut déceler immédiatement la quête qui se dessine dès ce moment, il se posera sans doute des questions. Quel est le sens de cette indifférence apparente envers la victime? La première partie du conte ancre l'histoire et les personnages dans un monde réel où le merveilleux est implicitement distillé pour créer chez le lecteur ce chatouillement d'hésitation qui nous surprend au moment de franchir un passage défendu.

 Les réponses se dessineront progressivement, au terme de multiples péripéties vécues par d'étranges personnages convergeant vers...un lieu secret, île paradisiaque ou repaire bien gardé? Je me garderai de développer plus avant les étapes et les portraits de ces nouveaux protagonistes. il suffit de les accompagner au long de leur quête, voyage fantastique entre deux mondes, où Serge Casoetto ménage de multiples clins d'oeil à la mythologie et à l'Histoire antique. Certains personnages portent des patronymes évocateurs. Nabuchodonosor, Mnémosyne, Sémiramis...Mais aussi Mac Luke ou Gomina, manière humoristique de refuser de s'enfermer dans un genre trop codifié.

 Naturellement ce conte original s'adresse d'abord à de jeunes lecteurs prêts à s'affranchir de l'enfance, qui sauront s'amuser dans le dédale des mondes juxtaposés. En tant que lectrice adulte je me suis rafraichi l'esprit en m'immergeant dans un univers simplement merveilleux qui, sous son aspect ingénu, offre une belle manière de réfléchir à l'authenticité et la sincérité de nos valeurs".

 Reçu par mail. Odile CHOLLET. Atelier d'écriture Christophe FORGEOT. gouttesdo.hautetfort.com/

 

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EVOLUTION

"Qui ne sait pas séparer le bon grain de l'ivraie ne peut pas avoir conscience de la vraie nature des êtres et de la réalité des choses et ne peut donc avancer sur son bon Chemin. Ouvrir son coeur aux fruits du discernement est le seul sésame vers la plénitude et la renaissance de soi-même". 

(Waddine Tome II. T.T.P.M)

  

orchidée

 

Harmonie