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... D’un coup de baguette magique, la petite fille en dentelles de roses devient fée sur la mousse des bois. Elle distille alors des plumes d’anges qui s’envolent en chrysalide de soie vers le pays des contes…celui des magiciens, des princesses, des djinns et des rois.
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IL PLEUT DES GRENOUILLES …
Il était un jour un temps à ne pas mettre une grenouille dehors. C'est-à-dire qu’il faisait un temps épouvantablement chaud. Nous étions en plein mois d’août et bien que nous trouvant en pleine montagne à plus de mille mètres d’altitude, tous les habitants de la maisonnée transpiraient d’encore plus de fatigue sous les durs labeurs de la ferme.
Il n’était pas rare que des vacanciers venaient se désaltérer au ruisseau qui longeait le petit domaine. Après une randonnée des plus salutaires pour les plus sportifs d’entre eux, certains poussaient même leur besoin de rafraichissements jusqu’à venir carrément se plonger tout entier dans le petit cours d’eau.
Les habitants de la ferme avaient beaucoup trop de travail pour trouver ne serait-ce qu’une seule minute le temps de s’y tremper le visage. Saoulés et anesthésiés par ce bagne que délibérément ils s’imposaient, ils ne voyaient même plus les jours succéder aux nuits.
Parfois, certains de ces randonneurs s’aventuraient jusque dans la cour de la ferme. Ils contemplaient, abasourdis, tout ce petit monde paysan qui virevoltait qui, d’une poule à un tracteur, qui, d’un cochon à une tronçonneuse, qui, d’un acheteur d’un produit de la ferme à l’entretien quotidien d’un tel bâtiment. Mais aveugles à toute cette débauche d’énergie, il n’était pas rare que ces mêmes visiteurs s’enquerraient auprès des fermiers de quelques repas bien garnis. Les hôtes ne volaient jamais leur appellation et se faisaient un devoir sinon une joie de préparer un bon repas à ces passants champêtres.
Une des petites filles de la ferme s’appelait Sauvageonne. Elle était enfant à la fois chipie et bohème. La gamine tenait toujours entre ses bras une poupée de chiffon et se récitait des poèmes. Elle jetait souvent un regard courroucé sur ces gens qui venaient troubler son petit monde à elle mais elle ne disait jamais rien. Pourtant cette fois-ci, devant le sans gène outrancier des vacanciers elle n’y tint plus. Elle alla se camper devant l’un d’entre eux et l’apostropha.
-Vous ne voyez pas à quel point mes parents sont déjà épuisés par tout le travail de la ferme ? Ils n’ont personne pour les aider. Pourquoi ne serait-ce pas ceux qui viennent se perdre par ici qui viendraient pour une fois leur prêter main ?
Devant de tels propos tenus dans un langage si châtié de la part d’une enfant, l’un deux trouva pourtant le moyen de s’en offusquer.
-Eh ! Petite ! Et si toi tu t’occupais aussi un peu de nous. Tu pourrais nous faire un numéro de cirque ! Et ils partirent tous dans un rire moqueur.
L’enfant toujours plantée bien droite devant eux les défiait de son air insolent.
-Je pourrai en étonner plus d’un parmi vous si vous insistez…répliqua-t-elle.
-Tope là ! s’écria une jeune pimbêche. Fais-nous rire !
A ce moment-là, la mère de la petite Sauvageonne vint la prendre par les épaules et précipitamment l’attira en s’excusant vers l’intérieur de la maison.
-Ne lui en voulez pas, ce n’est qu’une enfant…
-Moi, une enfant ? Nan ! Je suis une sorcière ! vociféra la petite fille fort en colère.
-Ces paysans ont vraiment de drôles de manières, renchérit l’effrontée qui l’avait mise hors d’elle.
-Vous verrez que je suis une sorcière. Pas plus tard que quand vous serez sortis d’ici vous en subirez les foudres de ma colère, hurlait encore la petite tandis que ses yeux lançaient des flammes et que sa mère claquait la porte de la maison derrière elle.
Qui aurait pu croire de telles balivernes de la part d’une enfant ?
Chemin faisant de leur bon vouloir, les vacanciers firent bombance sans compter ni de la qualité de la nourriture qui leur fut donnée ni de l’amabilité des fermiers.
Une fois leur périple repris, de lourds nuages noirs vinrent à obscurcir le ciel jusqu’ici des plus purs. Des trombes d’eaux tombèrent et transpercèrent de torrents de boue les impudents terrorisés. Ils virent alors apparaître à leurs pieds un grouillement de grenouilles qui coassaient et sautillaient de plus belle entre leurs jambes dégoulinantes.
Par delà la forêt, une chanson d’enfant se fit entendre :
« Il pleut, il pleut reinettes
Entrez dans vos maisons
Moi je suis pas si bête
Pour vous donner raison ».
-La petite garce, elle avait raison. Elle est ensorcelée, hurla la femme qui l’avait presque maudite.
Et depuis ce jour-là, tout là-haut dans cette montagne, des bergers racontent de génération en génération, que parfois, lorsqu’un miracle ou un enchevêtrement de hasards se produit, il se pourrait bien qu’on voit pleuvoir des grenouilles.